Comme beaucoup d’autistes légers et capables de se fondre dans la masse, je suis une acharnée du boulot. C’est à dire que lorsque je travaille, je n’entends plus rien autour de moi, je suis focus, je ne fais pas de pause (uniquement à midi), je n’arrive pas à m’arrêter, je suis concentrée à fond sur mon travail et ce, tant que j’ai des choses à faire. Mais parfois, ça me fait du bien de raccrocher quand il y a moins et de ralentir un peu.
Cela fait bientôt 4 ans que je travaille pour mon employeur actuel. Il fut un temps où l’effectif nous permettait de terminer nos tâches et de pouvoir souffler un peu, ce besoin si vital pour rester performant, et que les employeurs ne comprennent toujours pas en 2024 : ralentir, ce n’est pas glander, c’est se ressourcer pour encore mieux travailler. J’adorais pouvoir rentrer le soir en voyant mon bureau vide, les courriels presque tous traités, avec cette fierté d’avoir clôturé la journée avec un travail à jour et de pouvoir recommencer le lendemain sereinement avec de nouvelles tâches.
Avec le temps, beaucoup de nos collègues sont partis à la retraite mais ils n’ont pas été remplacés, soi-disant par manque de budget. Je pense plutôt que le service veut faire des économies au détriment de la santé de ses employés présents. J’ai constaté aussi que pendant qu’une très grande partie de mes collègues et moi-même avons la tête dans le guidon, il y en a qui se font beaucoup moins de soucis de voir le service se noyer.
Ma conscience professionnelle fait que malgré tout ces signaux qui me montrent clairement que je devrais lever le pied et que même si je bosse comme une dingue, je ne serai pas récompensée à ma juste valeur, je continue à m’éreinter au boulot. Mais à l’intérieur de moi, la colère gronde, la frustration monte et la motivation descend gentiment mais sûrement. J’ai perdu confiance en ma hiérarchie qui a l’air de totalement se moquer de la situation alarmante de notre service qui est pourtant l’un des plus important pour notre société.
Aujourd’hui, chaque matin, je me lève avec la boule au ventre d’aller au boulot et chaque soir, je rentre à la maison complètement épuisée, à étaler ma colère, mes larmes, ma détresse et ma frustration sur ma famille qui n’y peut absolument rien et qui en plus, ne me voit quasiment pas…
A l’époque, ma motivation à aller travailler, même quand j’avais 38 de fièvre, c’était le bonheur de retrouver mes supers collègues, ma deuxième famille, pour affronter la mouise ensemble, comme on l’a toujours fait. Avec le départ de plusieurs collègues et l’arrivée d’un boss incompétent, malsain et toxique, je vois ma deuxième famille changer : la lumière et la bonne humeur de certains s’est éteinte et je les entends me parler de leur envie de quitter leur job. De plus, étant hypersensible, j’ai tendance à tout ressentir plus fort et mes émotions sont d’autant plus puissantes. Mais comme je sais que lorsque j’ose parler de ce qui ne va pas, j’ai tendance à monter dans les tours, je garde tout à l’intérieur de moi et ça me dévore.
Ce fameux mercredi 28 février 2024, le boss se pointe dans mon bureau. Et là, tel un gamin immature, le voilà qui me sort une info qu’il aurait entendue des RH. Une info sur quelqu’un du personnel qui pourrait lui coûter son poste si cela s’avérait vrai. Une info qu’il n’est même pas censé nous donner en raison du secret professionnel entre lui et sa hiérarchie. J’ai compris alors son petit jeu malsain. Je pense que son idée, c’était de balancer une fausse rumeur et de voir si j’allais partager cette bombe avec mes collègues. Sauf que je ne suis pas ce genre de personne. Je peux ne pas aimer une personne mais je suis incapable de salir sa réputation au point de nuire à sa carrière professionnelle voir détruire sa vie privée.
Et là, j’ai commencé à comprendre pas mal de choses. Depuis l’arrivée de ce nouveau boss, notre big boss a été mis dehors du jour au lendemain, sans qu’on ait jamais su pourquoi (il n’a pas été remplacé, laissant le nouveau boss tenir les rênes de la section). C’était quelqu’un de super, un chef qui écoutait ses subalternes, qui améliorait nos conditions de travail et qui osait affronter le big big boss (oui à l’administration publique, on a beaucoup de bossssss). Puis plus tard, voilà que des rumeurs commencent à courir sur ce nouveau boss et une de nos collègues. Cette rumeur, c’est cette collègue elle-même qui la balance lors d’une soirée festive et sans lien avec le boulot (c’était l’époque où nous avions encore une belle cohésion d’équipe…). Puis quelques temps après, le boss commence à mener des entretiens individuels avec certains de mes collègues histoire de « trouver » qui est la personne qui aurait balancé cette rumeur totalement improbable et dont, il faut le dire, tout le monde se fout royalement… Bref, une chasse aux sorcières s’opère entre un gamin et une magnifique équipe qui bosse là depuis des années, mais ça aussi, tout le monde s’en fout. Et pendant ce temps, le job continue de s’accumuler et les gens sont plus que sous l’eau et épuisés. Visiblement nous n’avons pas tous les mêmes problèmes ni les mêmes urgences. Avec le temps, notre lieu de travail est devenue une sorte d’école enfantine. La pression augmente, certains supportent, d’autres, comme moi, beaucoup moins.
Un jour, ce boss qui ne sait visiblement pas quoi faire de son temps de travail, écrit à l’ensemble du personnel une sorte de courriel sous-entendant qu’on se tournerait les pouces, que nous serions malhonnêtes au téléphone et que nous devrions faire preuve de « crédibilité ». Evidemment, aucune preuve pour appuyer ses écrits (qu’il a réussi à pondre avec ChatGPT…). Là, j’hallucine complètement et mon sang ne fait qu’un tour. Professionnellement, je sais que je n’ai rien à me reprocher et je sais que mes collègues non plus. Je me connecte immédiatement en ce dimanche après-midi en famille et je lis l’affront.
Je crois que j’ai passé bien 2 heures à lui écrire mon mail de retour, en prenant la défense de mes collègues, en listant chacune des énormes bourdes qu’il a faites depuis la prise de son poste, que nous avons du corriger dans l’indifférence générale et dans l’urgence (comme si on n’avait déjà pas assez de taff…), pendant que lui-même se prenait des vacances, évitant à notre service d’être la risée de la Suisse, sans aucun remerciement ni excuse.
Pour imaginer la chose, ma réponse faisait l’équivalent de 2 pages recto-verso en calibri 11…. Le mardi matin, après m’être relue, je lui envoi mon mail en prenant soin de mettre mon chef direct ainsi que les RH en copie, après l’avoir fait valider par mes collègues et surtout malgré leurs mises en garde contre d’éventuelles représailles telles que du mobbing. A ce moment-là, je n’en ai rien à faire. Pour moi, il est absolument primordial de travailler 8 heures par jour pour une hiérarchie en laquelle j’ai confiance et là, ma confiance était rompue, je me sentais salie. On crachait clairement sur notre travail alors que nous donnions tout ce que nous avions. J’ai vu des collègues pleurer le matin en arrivant, certains venir taffer complètement malades, parfois même après avoir perdu des proches pour éviter au service de se retrouver encore plus sous l’eau et voilà comment on les remerciait… A ma connaissances, 3 autres de mes collègues se sont plaints de ce boss par écrit : résultat ? Rien. Les RH semblent ne pas comprendre le malaise qui règne dans notre service et laisse faire…
J’ai compris que ce boss avait le pouvoir de colporter des rumeurs sur tout et n’importe qui. Je me fais probablement des films mais j’aime beaucoup ce dicton qui dit « il n’y a pas de fumée sans feu ». Le départ étrange du big boss dont on ne veut rien nous dire, la rumeur entre le boss et une collègue (je pense pour diviser l’équipe), cette nouvelle rumeur immonde qu’il « aurait » entendu de plus haut… Je l’appelle désormais M. Rumeurs…
En rentrant chez moi ce mercredi 28 février 2024, j’étais dégoûtée et en même temps très angoissée de constater que cette personne était capable de nous détruire avec des mensonges et jouait à un jeu très dangereux. J’ai compris que vu le mail que j’avais envoyé aux RH quelques mois avant, je pourrais être sa prochaine cible. Trop grande gueule, trop droite dans mes bottes, trop franche, incapable de supporter l’injustice. J’ai compris que mon service était désormais entre les mains de quelqu’un de très toxique. Bref, mercredi, sans m’en rendre compte, c’était la goutte qui a fait déborder le vase. Trop, c’est trop ! Comment peut-on laisser cette personne à ce poste malgré le nombre de collègues qui se sont plaints par écrit de lui aux RH ? Comment peut-on le laisser détruire gratuitement ce que son prédécesseur a mis des années à construire ?
Le fait d’avoir changé 3 fois de poste (et donc de tâches) en 6 mois dans l’optique d’aider mon service, par solidarité (sachant que je partais bientôt au Canada) était aussi beaucoup trop lourd pour moi. Beaucoup de choses à apprendre en très peu de temps, de nouvelles responsabilités, mais surtout, le fait d’avoir accepté par insouciance le dernier poste qu’on m’a proposé n’a fait que m’épuiser encore plus. Un nouveau manager qui délègue tout, fixe des deadlines intenables et ne sait pas gérer son équipe, et surtout, le fait d’être les 3/4 du temps seule dans le bureau pendant que mes collègues sont en télétravail ou sur un autre site alors qu’avant je passais beaucoup de temps avec mes collègues, à partager et rigoler, ont fait que mon moral est très vite descendu.
Je n’arrive pas à décrire ce sentiment d’incompréhension qui m’assaille, ce sentiment d’être abandonnée par sa hiérarchie, écoutée mais pas entendue, ce sentiment d’être livrée à soi-même et advienne que pourra. Comme si, tout comme mes autres collègues, j’étais un jouet, une simple voiturette dans les mains d’un enfant qu’il lance à toute vitesse contre un mur mais dont les parents ne font absolument rien. Voilà comment je me sens actuellement.
Les premiers signes du Burn-In
Le week-end qui a suivi, je suis tombée malade. Je pensais que c’était un début de grippe. Lundi, je n’étais pas bien mais comme toujours, en raison de cette ç&ç*ç* » de conscience professionnelle et sans écouter mon corps ni mon état émotionnel, je me rends au boulot. J’ai de la fièvre, j’ai mal à la tête mais j’y vais. Pas pour le service non, mais pour mes collègues, pour ne pas qu’ils se retrouvent encore plus sous l’eau parcequ’il manque encore 2 petites mains. 3h après, devant mon poste de travail, je frissonne, je vois que je dois me corriger sur des tâches simples et je craque. Je rentre.
Le mercredi, je me dis que c’est bon, ça va mieux. Allez, go au taff ! Je pars de chez moi à 6h30. A mi-chemin, comme par hasard avant un rond-point, je suis prise de violentes nausées. J’imagine sur le coup une gastro, un malaise, bref, je n’en sais rien tellement c’est soudain. Je fais donc demi-tour. Il y a pleins de voitures derrière moi, je ne peux pas m’arrêter pour gerber pourtant je sens que ça monte. Je respire, je prends un bonbon de CBD, j’expire. Ca va aller… Mon estomac redescend à sa place et je constate que plus je me rapproche de chez moi, plus je vais mieux. C’est complètement dingue et je comprends que c’est mon corps qui me dit STOP ! Combien de signes encore me faut-il de l’Univers, de mon corps, de mon mental, de ma conscience, de mon éthique, pour que je comprenne que si dans le passé j’étais parfaitement en adéquation avec mon travail, aujourd’hui, tout a changé et tout est complètement désaligné avec ma personnalité et ma sensibilité. Bref, j’ai vécu ça à mon ancien job et les symptômes physiques n’étaient pas aussi marqués et violents.
Aujourd’hui, je suis dans un tel état de fatigue qu’il n’y a pas un jour où je ne pense pas à la mort, la seule façon pour moi de trouver le repos… Je commence à perdre la mémoire alors que je suis une machine à retenir les choses et je suis désormais prise de nausées en me dirigeant vers mon travail…. Mon médecin m’a mise en arrêt une semaine, très consciente que mon problème n’est pas une maladie mais une cause, mon emploi…
Hier, après avoir amené ma fille à l’école (dingue de faire des trucs de mère….), je suis à nouveau prise d’une méchante crampe de l’oesophage. 2 semaines auparavant, j’ai eu une de ces crampes que je pensais être un malaise cardiaque. J’ai flippé et je suis rentrée à la maison. Mon médecin a tout de suite nommé la cause : le stress ou les prémices d’un burn-out !

Qu’est-ce qu’un Burn-in ?
Il y a beaucoup plus de gens qui en souffre que de Burn-out (forcément, c’est juste avant que ton cerveau switch sur OFF et te force à rester dans ton lit sans bouger…). Si tu arrives à déceler le Burn-in, tu évites ainsi la phase plus grave qu’est le Burn-out. En fait, c’est lorsque tu vas au travail alors que tu es épuisé, parfois malade. En gros, tu fais acte de présentéisme. Le résultat est que le stress augmente (et donc le taux de cortisol dans le sang) et que ta productivité, elle, diminue. Les principaux symptômes sont une fatigue chronique, une démotivation, une grosse montée de stress, des troubles du sommeil et de la susceptibilité. C’est souvent lié à une surcharge de travail (parfaitement validée dans mon service), des attentes irréalistes, un emploi qui ne correspond pas ou plus à vos valeurs, très très souvent un gros manque de reconnaissance. La personne va essayer de redoubler ses efforts pour atteindre des objectifs irréalisables ou espérer avoir un peu de reconnaissance mais au final, n’obtiendra rien de tout ça.
Ce qui est scientifiquement prouvée, c’est que le cortisol lié au stress est la conséquence de nombreux problèmes de santé, dont les problèmes cardiaques, les burnout, les AVC et les cancers. Au vu de ce que je me prends en ce moment, je comprends que je ne suis pas sur la bonne voie. Mais je sais une chose, c’est qu’aucun employeur n’est irremplaçable, contrairement à ma santé et ma vie de famille. Aucun employeur ne mérite qu’on se rende malade pour lui, surtout sans aucune reconnaissance pour ton travail ni aucun respect pour ta santé mentale.
Si toi aussi tu te sens dans cet état, voici quelques petits conseils qui pourraient t’aider un petit peu :
Des tips pour baisser le cortisol
A la maison :
– Pas de films et d’émissions violents et angoissants
– Eclairage tamisé et doux
– Pas d’écran avant le coucher
– Mettre une musique de fond relaxante plutôt que la télé en fond sonore
– Avoir beaucoup de plantes, une maison épurée, une décoration douce
Habitudes de vie :
– Faire du sport
– Ecrire sur les expériences positives de la journée (journal de gratitude)
– Avoir pleinement conscience de son stress et l’accepter pour mieux le soigner
– Faire des massages
– Yoga, Tai Chi
– S’amuser, développer des passe-temps
– Jardiner
– Avoir des relations saines (et un emploi sain...)
– Apprendre à pardonner, à SE pardonner
– Avoir une pratique spirituelle, prier, méditer, faire du bénévolat (quelque chose qui a du sens)
– Diminuer sa consommation de sucre (qui fait augmenter le cortisol !)
– Manger du chocolat noir, des bananes, du thé noir, des pro et prébiotiques.
– Bien s’hydrater
– Faire attention à son alimentation (bio, moins de viandes, de laitages,…).
– Faire des activités relaxantes (livres, puzzles, argiles, dessins, écritures, tricot, musique,…)
– Faire des exercices de respiration (cohérence cardiaque)
– CHANGER DE JOB ! Parfois, il vaut mieux s’attaquer directement à la cause plutôt que de mettre des plâtres sur le problème principal qui vous rend malade…

Reprendre ma vie en main et retrouver ma joie de vivre
En relisant ces tips, j’ai un peu l’impression de dire « faites ce que j’écris, par ce que je fais… ». Clairement, à l’heure actuelle, je me suis laissée emportée par une sorte de dépression. Je n’ai plus envie de rien, ni l’énergie et la motivation de faire quoi que ce soit. Je mange n’importe quoi, si possible bien gras, sucré et déséquilibré. C’est mon seul réconfort. Et puis j’ai retrouvé d’anciennes photos de moi, pas si vieilles que ça mais qui me donne envie de retrouver cette moi-là, pleine d’énergie, d’humour, explosive. Elle est toujours là mais juste un peu moins lumineuse. Je dois retrouver de l’oxygène et reprendre enfin soin de moi. Je me souviens de la motarde extravagante et zinzin qui faisait d’énormes sorties avec ses copains motards et sa grosse moto, la miss qui faisait des triathlons en distance olympique par 12°C avec des vagues de dingue, celle qui s’entraînait 2 à 3 heures par jour (vélo, course, natation, muscu,…), celle qui faisait des courses de downhill sur neige avec son chéri et qui a même raflé 2 médailles sur 2 années consécutives. Je sais pertinemment que quand on veut, on peut ! Ma devise : RIEN N’EST IMPOSSIBLE !
Ce matin, je suis allée m’acheter du matos pour retourner courir puisque j’ai pris 10 kg depuis que je travaille pour mon employeur actuel et que je ne rentre absolument plus dans mes anciennes affaires de triathlon… Mon job m’a littéralement explosée ! Je n’étais plus que l’ombre de moi-même. Entre les trajets, mes 8 heures de taff ultra fatiguantes, rechercher ma fille à l’école, faire à manger et sortir le chien, je n’avais plus l’énergie de prendre soin de moi. J’ai l’impression d’être emprisonnée et de ne pas savoir comment m’en sortir. Heureusement, je parle avec des gens autour de moi qui arrivent à me donner un point de vue différent. Mon objectif, retrouver mes 60 kg de triathlète lorsque je prendrai l’avion pour ma nouvelle vie au Canada. J’ai environ 5 mois pour y arriver…

Pour l’heure, je préfère me concentrer sur notre prochain déménagement définitif. Le fait de savoir que le bout du tunnel n’est qu’à deux pas me fait reprendre confiance en la vie. Je ne vais pas craquer maintenant alors que mon conjoint a absolument besoin de moi pour notre arrivée dans notre nouveau pays. Je vous tiendrai au courant de l’avancée de notre projet et je vais me lancer dans une série d’articles pour vous expliquer un peu notre départ point par point, si cela tenterait quelques uns d’entre vous à tenter l’expérience d’une nouvelle vie 🙂
A bientôt, et cette fois, dans la joie et la bonne humeur 🙂
