Le 21 août 2024, nous quittions notre pays natal pour nous poser sur le tarmac de l’aéroport portant le nom du père de l’actuel premier ministre qui donnera finalement sa démission le 6 janvier 2025 après avoir mis le Canada sens dessus dessous.
Après de longs mois de préparation pour notre nouvelle vie, nous voilà arrivés dans ce qu’on pensait pouvoir appeler un jour « notre nouveau pays » (c’était sans compter la mise en suspens des nouvelles demandes de résidences permanentes). Nous avons passé la nuit précédente chez des amis, ce qui nous a permis de profiter pleinement de notre dernier jour en Suisse en excellente compagnie, mais le départ en fut d’autant plus difficile.

A 6h, nos amis nous amènent à l’aéroport de Genève. Il faut arriver à 7h15 afin de laisser notre chien à la compagnie qui s’occupera de son transfert jusqu’à Montréal. Il entre dans sa cage de transport à 8h et n’en sortira que 16 heures plus tard, notre avion ne décollant qu’à 12h15. Mon père vient nous dire aurevoir à l’aéroport et ça y est, nous sommes seuls avec notre angoisse du départ. Plus de travail en Suisse, plus d’appartement, plus rien, hormis nos amis et notre famille que nous laissons physiquement sur place mais que nous emportons dans nos coeurs. Mais nous savons tout de même que rien n’est gravé dans le marbre et que nous pouvons revenir dans notre pays à tout moment, même si cela implique de jeter beaucoup, beaucoup, beaucoup d’argent par la fenêtre et de repartir à zéro dans un pays où il n’est déjà pas simple de se faire un place.
L’arrivée à Montréal vers 15h (heure locale) se passe bien. Le passage de la douane prend à peine 30 minutes. Nous devons maintenant affronter le service de l’immigration. Nous expliquons notre situation à l’employé à l’entrée (1 permis de travail fermé, 1 permis ouvert et 1 permis visiteur). Il nous donne un ticket censé nous envoyer dans la bonne file d’attente. Nous regardons l’écran afficher les numéros de tickets. Une heure plus tard, nous attendons toujours derrière ce que nous pensons être des étudiants. Après un vol de 8 heures et des mois de stress, nous sommes littéralement épuisés, parfois j’ai même envie de pleurer. Et notre chien est toujours enfermé dans sa cage à nous attendre. Il est peut-être 16h au Québec, mais pour nous, il est déjà 22h et notre fille de 9 ans montre de gros signes de fatigue.

Enfin, notre numéro est appelé. Et là, l’employée au guichet nous dit que ce n’était pas le bon ticket. En bref, nous aurions dû être appelés beaucoup plus vite… Premier couac administratif… Nous donnons notre gros dossier pour l’obtention des permis, que nous avions tout bien préparé en Suisse, afin de gagner le plus de temps possible. Et là, l’employée constate que nous avons 3 types de permis différents. PARFAIT… pour le nouveau qui apprend son job juste à côté d’elle…
Bref, l’apprenant regarde notre dossier avec sa supérieure, je le vois mélanger fébrilement toutes les feuilles et on se dit qu’on n’est pas prêts de récupérer nos bagages et notre chien… Et c’est reparti pour plus d’une heure de paperasse alors que cela aurait pu être fait en moins de 30 minutes. Notre patience commence à être mise à rude épreuve.
Et puis on se rend compte que nous n’avons pas déclaré à la douane notre conteneur actuellement en transit sur l’Atlantique avec toutes nos affaires. Une fois nos permis payés et en mains, nous retournons à la douane pour savoir si nous devons le déclarer. L’employé nous répond dans l’affirmative (eh ben non !! Mon chéri apprendra plus tard au port qu’il n’y a pas besoin de déclarer son conteneur à l’aéroport puisque de toute façon, tu dois te présenter toi-même à la douane du port de Montréal quelques jours avant son arrivée avec les documents pour le faire dédouaner. Par contre, s’il contient de l’alcool, il faut passer par la SAQ avant de se rendre au port, moyennant quelques frais supplémentaires). Il me semble que mon chéri a déboursé 80 dollars dans le vide pour ce gag. Encore une heure de perdue pour rien sur un couac administratif. On demande aussi à cet employé à quelle heure ferme la douane « Cargo » où se trouve notre chien, car non, ce n’est pas ouvert H24. Il nous dit que ça ferme à 20h… Il nous reste donc 2 heures pour récupérer notre chien, sinon il restera enfermé toute la nuit à l’aéroport dans sa cage… Super… On s’estime encore heureux car il y a des gens qui sont restés bloqués 4 heures à la zone d’immigration.

Il doit être environ 18h quand nous retrouvons enfin Andy, la gentille personne mandatée pour venir nous chercher et nous amener dans notre nouveau « chez nous ». Il nous faut encore aller dans la zone « Cargo » pour récupérer le chien. Elle se situe à 15 minutes de voiture. Là encore, c’est parti pour environ 1 heure supplémentaire d’attente et de paperasse (et une taxe supplémentaire pour le chien, bien que nous ayons déboursé la somme exorbitante de 5000 CHF pour son transport…). Une fois que Khonsou a fait son petit pipi, le voilà de retour dans sa cage, mais avec nous dans la voiture. Et nous voilà repartis pour environ 2 heures de route jusqu’à la maison. Bien qu’épuisés, nous avions beaucoup de chance d’être avec une personne incroyablement gentille et compréhensive. On s’arrête en chemin pour manger un truc. Même si nous étions plus fatigués qu’affamés, c’était agréable de manger le fameux fromage en grain de la région (le Skouik Skouik).
A l’appartement (le seul que nous ayons trouvé qui acceptait les chiens et qui coûte évidemment un bras), nous retrouvons ma mère et Lucie, son amie. Elles avaient préparé deux lits et des petites lampes de chevet (sans oublier le papier toilette !!!) pour que nous ayons au moins un minimum de confort en arrivant. Les appartements au Québec sont totalement vides d’électroménager (sauf si ce sont des meublés). Pas de réfrigérateur ni de cuisinière. Nous savions que les prochains jours se passeraient à dépenser encore plus d’argent pour meubler un minimum notre appartement. Heureusement que ma mère nous a prêté son véhicule car nous ne savons pas comment nous aurions fait (pas de transports publics par chez nous, pas même dans la ville la plus proche). Nous avions repéré ma voiture alors que nous étions encore en Suisse. On a prié jusqu’au bout pour qu’elle soit toujours en vente à notre arrivée. Heureusement, elle était toujours là, mais cela impliquait de retourner à Montréal la chercher (en espérant qu’en plus de cela, elle soit en bon état et qu’on ne doive pas faire 4 heures de route pour rien…).

Mais le jour après notre arrivée, il fallait d’abord faire plusieurs choses :
- Aller à Service Canada pour récupérer nos NAS (numéro d’assurance sociale). Numéro obligatoire pour vivre au Canada. Là aussi, on a attendu plus d’une heure car la dame avait oublié de nous annoncer à sa collègue…
- Inscrire notre fille à l’école (la rentrée débutait le mardi suivant).
- Aller s’enregistrer à la Poste.
- Faire un abonnement de téléphone. En choisissant Fizz (qui a des forfaits incluant des appels vers la Suisse), il nous a suffit de nous rendre dans une pharmacie Jean Coutu (oui oui, une pharmacie !) pour simplement acheter la carte SIM (5 dollars) puis choisir notre forfait en ligne.
- Ouvrir nos comptes en banque (nous avions pris rendez-vous pour le lendemain de notre arrivée). Nous avons choisi la formule « nouveaux arrivants » de la Banque Nationale du Canada qui nous offre les deux premières années sans frais mensuels.
- S’inscrire gratuitement à la bibliothèque de la ville (vraiment la meilleure chose que nous ayons faite).
Une fois ces choses faites, nous devons absolument trouver notre électroménager et nos matelas (les matelas gonflables, ça va bien un moment, surtout quand tu as mal au dos. Et les repas au restaurant, ça coûte une blinde). Une fois choisis, pas de bol, il faut attendre environ 3 jours pour la livraison, idem pour le lit. Heureusement, nous sommes au mois d’août et il y a beaucoup de choses à faire à l’extérieur.

A la maison, on en profite pour faire la paperasse que l’on peut faire en ligne :
- S’inscrire à la RAMQ (régie de l’assurance maladie du Québec)
- S’inscrire auprès de notre ambassade en tant que suisses de l’étranger. Cela nous permet de rester en contact avec notre pays et de pouvoir continuer à exercer nos droits civiques.
Tout ce qui concerne l’assurance ménage et Hydroquébec avait déjà été effectué lorsque nous étions encore en Suisse. Nous avons créé un numéro de téléphone canadien gratuit grâce à l’application Fongo World, ce qui nous a permis de contacter les administrations québecoises (elles répondent très difficilement aux numéros étrangers).
Nous irons ensuite chercher ma voiture à Montréal. Là aussi, nous avons dû patienter pas mal de temps car il y avait des problèmes avec les cartes de crédit (ils ne prenaient pas la VISA). Il a également fallu faire une assurance au téléphone avant de pouvoir partir avec la voiture et là aussi, cela a pris énormément de temps. Nous avions rendez-vous pour 16h, nous sommes repartis à 20h. Nous étions de nouveau épuisés, avec deux heures de route à faire pour le retour et moi qui angoissait de conduire dans les alentours de Montréal (il faut dire que je n’étais pas encore très à l’aise avec les feux de signalisation canadiens. Cette vidéo m’a d’ailleurs beaucoup aidée, et vous aussi, lorsque vous viendrez en vacances 🙂 ). Finalement, nous sommes rentrés sains et saufs et presque tout s’est bien passé.

Qui dit voiture dit SAAQ (société de l’assurance automobile du Québec). Alors là, il faut s’accrocher. Chez nous, on avait la Blécherette à Lausanne avec son SAN à la ramasse, mais à côté du SAAQ, ce sont des avions de chasse. Il nous fallait la plaque pour notre voiture. Encore et encore de l’attente… et des taxes, évidemment. On comprendra assez rapidement que vivre au Canada, c’est très cher, et qu’il va falloir consommer différemment si on veut survivre et ne pas faire fondre nos économies si dans le pire des cas, nous devions rentrer chez nous.
Quand vous devez vous rendre à la SAAQ, prenez rendez-vous en ligne. Cela vous évitera ce genre de déboires. En ce qui concerne les permis de conduire suisses, ils sont valables 6 mois après notre arrivée. Il faut donc rapidement demander le permis québecois. Il faut savoir que le permis suisse (tout comme le français), n’est pas à repasser, car nos pays ont des accords entre eux. Mais bon, cela n’empêche pas une énième boulette administrative (en voici un parfait exemple). Après avoir pris rendez-vous en ligne pour faire faire nos permis de conduire, nous recevons chacun un courriel nous en indiquant la date. Mon conjoint m’écrit sur Whatsapp complètement énervé. On lui écrit qu’ayant un permis suisse, il devra passer un examen de conduite. Je regarde mon courriel à moi. On m’écrit qu’ayant un permis suisse, je n’ai pas besoin de passer d’examen de conduite… Incroyable… On regarde encore sur Internet les accords entre la Suisse et le Canada qui mentionnent très bien que nous ne devons pas repasser le permis (sauf pour la moto). La veille du rendez-vous, nous recevons un message vocal sur nos téléphones. Cette fois-ci, on nous dit clairement à chacun que nous devrons passer un examen de conduite et qu’on doit arriver 15 minutes avant notre rendez-vous pour rencontrer l’expert. Là, je commence à fulminer. Sûrement une combine pour nous taxer encore davantage. Au boulot, j’appelle la SAAQ pour leur expliquer le pourquoi du comment. Je passe en tout et pour tout 45 minutes au téléphone, dont 40 minutes en attente. Je suis transférée à deux personnes différentes qui ont l’air de ne rien comprendre. Au final, on me dit que je n’aurai pas besoin de passer l’examen… TABARNAK ! Le jour du rendez-vous, je remplis les papiers et paie une taxe de 88 dollars pour ma nouvelle carte. Je me rends compte dans la voiture qu’ils m’ont enlevé 4 cm de taille… Nous sommes le 18 décembre 2024 et mon nouveau permis n’est valable que jusqu’au 10 juillet 2025, soit à peine 8 mois… Mon chéri arrive lorsque j’ai terminé. Il paiera quant à lui 30 dollars pour le même permis et celui-ci est valable 5 ans ! Là, je vais péter un câble ! Nous avons repris rendez-vous à la SAAQ et nous nous y rendrons avec mon chéri pour comprendre cette discrimination notoire (je vous tiendrai au courant).
Voici grosso modo ce qu’il y a à faire pour les procédures d’emménagement au Québec (probablement que dans d’autres provinces, cela se passe différemment et probablement plus simplement, mais cela implique de savoir parler anglais 🙂 ). Ca fait 5 mois que nous y sommes et nous avons encore régulièrement de gros coups de blues. Tout est si différent de la Suisse. Je pense que nous faisons cette expérience pour apprendre à lâcher prise et vivre plus simplement, au jour le jour.

J’ai trouvé un premier job environ 1 mois après notre arrivée mais malheureusement, cela ne me convenait pas du tout. Je l’ai quitté avant les fêtes de Noël. Je me retrouve donc à vivre sur mon épargne que je comptais pourtant utiliser pour faire une reconversion de naturopathe. Je suis également bloquée par mon permis de travail qui m’empêche de travailler dans le milieu de l’enseignement primaire et secondaire ainsi que dans le médical tant que je n’ai pas fait un contrôle médical validé par IRCC (encore des procédures gouvernementales coûteuses à n’en pas finir alors que la province manque cruellement d’employés dans ce secteur…).
J’ai donc fait un contrôle médical à Trois-Rivières pour faire enlever cette clause de mon permis et pouvoir enfin faire un job qui me plaît. Un nouvel arrivant m’a dit que cette simple formalité pouvait prendre jusqu’à 18 mois ! On m’a dit qu’avec mes diplômes et mon expérience, je n’aurais absolument aucun problème à trouver du travail. Je ne compte pas le nombre de postulations restées sans réponse à ce jour. Je commence même à faire des crises d’angoisse car la vie est ultra chère au Québec et je ne supporte pas de laisser mon chéri travailler tout seul pour nous entretenir et surtout, de flamber mes économies qui me permettraient de réaliser mon rêve de faire un job qui me plaît et d’être ma propre patronne.

Rêve ou désillusions ? Notre fille adore sa nouvelle vie et sa nouvelle école. On peut faire plein d’activités en famille et parfois gratuitement, si on s’y prend au bon moment. La patinoire intérieure de Victoriaville ne coute que 5 dollars avec nos patins (gratuit le dimanche dans notre ville), la bibliothèque de notre ville propose régulièrement des activités gratuites pour tout âge. Nous avons des pistes de ski à 5 minutes en voiture de chez nous (on peut les voir depuis notre chambre à coucher et on se croirait presque en station). La piscine de notre ville est gratuite le mardi soir pour ses habitants et les piscines extérieures le sont également en été. Il y a plein de jolis endroits à visiter mais….
La vie est très chère, les salaires moyens sont très bas et les loyers sont exorbitants… On constate assez vite qu’il y a plein d’associations pour aider les gens dans le besoin. Ce qui est honteux pour un pays qui se vend à l’étranger comme un eldorado pour les familles. Comme la Suisse, le Canada laisse clairement ses propres citoyens à l’abandon.
Ici, tu apprends à vivre simplement et à ne pas vivre au-dessus de tes moyens. Ce qui n’est pas plus mal en soit car la planète souffre déjà suffisamment de notre surconsumérisme. Mais bon, rassurez-vous, on consomme quand même tout autant de l’autre côté de l’Atlantique, voir bien plus. En ce qui concerne les services médicaux, ce qu’on nous disait est vrai, c’est bien une catastrophe. Il y a des gens qui sont depuis plusieurs années en liste d’attente pour un simple médecin de famille. Alors nous prions pour ne pas attraper un truc grave. La nourriture est extrêmement onéreuse, même la locale. J’ai vu des fromages suisses au même prix que des québecois… Une simple plaque de beurre coûte environ 9 dollars (c’est une demi-heure de salaire pour certains). Je ne te parle pas de la mie de pain qui coûte 5 dollars le paquet… Alors, du coup, pour parer à cela et espérer mettre un peu d’argent de côté pour nos vieux jours et pouvoir retourner un jour en vacances en Suisse, on trouve des astuces et c’est là que la simplicité volontaire va vraiment encore pouvoir nous aider. On achète que ce dont on a besoin et on va plutôt regarder pour du seconde main sur Marketplace ou sur Kijiji. On a investi dans une scelleuse sous-vide. Non, ce n’est pas très écolo mais cela permet de garder les aliments frais bien plus longtemps que les Tupperware. Du coup, je cuisine en grosse quantité et je mets sous vide au congélateur. Je vais recommencer à faire le pain moi-même, ce sera moins cher, mais surtout, bien meilleur.

Bref, l’herbe n’est pas plus verte que chez nous mais elle nous permet de passer et de faire beaucoup plus d’activités en famille et c’est 50% de ce que nous recherchions. Je crois aussi que notre qualité de vie dépend pas mal de notre état d’esprit et des habitudes que nous devons détruire pour commencer une toute nouvelle vie. C’est un peu une renaissance et ce n’est jamais facile de tout recommencer. Mais un reset, parfois, est nécessaire. Les gens ici sont authentiques et gentils, quoique très difficiles à apprivoiser, bien plus que le suisse (je ne pensais pas que c’était possible…). Pour le moment, nos connaissances les plus proches sont françaises et belges 😀
Mais il paraît qu’il faut environ une année pour s’acclimater. Laissons encore passer les 7 prochains mois et je vous reviendrai pour un compte rendu sur cette première année au Canada.
Voici un petit mind map pour t’aider encore une fois dans tout ce micmac administratif. C’est cadeau, et ça me fait plaisir 😉
Des bisous !
